1 avis
Le voyage à Paimpol / Dorothée Letessier
Livre
Edité par Gallimard ; Normandie roto impr. - 2025
"Je me détends. Je veux vivre. Moi. Ma vie. Ma fugue. Mes plaisirs. Pour moi seule. Je vais prendre un bon bain bien chaud. Je verse dans la baignoire vide une grande giclée de bain moussant bleu foncé, et l'eau qui jaillit fait éclore la mousse et la vapeur comme des fleurs japonaises". Un matin, Maryvonne, épuisée par l'usine comme par sa vie de famille, craque. Elle décide de partir et prend le car direction Paimpol. Une désertion heureuse, une parenthèse pour réfléchir ou pour tout reconstruire... Ce voyage libérateur, Dorothée Letessier l'a imaginé quand elle était elle-même ouvrière à Saint-Brieuc. Publié en 1980 alors qu'elle n'a que vingt-sept ans, ce premier roman à l'humour grinçant révèle un talent d'observation saisissant, et dit aussi bien l'aliénation par le travail que le féminisme viscéral, l'usure du couple que le plaisir érotique. Impossible de ne pas s'attacher à la voix colorée et franche de Maryvonne, héroïne inoubliable dont le lecteur partage le souffle, la colère, la fantaisie et la liberté, dans un ouvrage bien plus subversif et politique qu'il n'y paraît.
Avis des bibliothécaires : Maryvonne, c’est une femme qui en a plein le dos : l’usine, la maison, le mari, le quotidien qui colle aux chaussures. Un matin, ça lâche. Elle pose un mot sur la table, elle attrape un car, et elle file à Paimpol. Pas loin, pas longtemps. Mais pour elle, c’est énorme : c’est la première fois qu’elle s’accorde une respiration qui n’appartient qu’à elle. Et là, tu sens que le roman a plus de quarante ans. Tu lis les années 80 comme si tu y étais : le boulot qui use, les couples qui se délitent, les femmes qui cherchent une porte de sortie dans un monde qui leur en laisse si peu. (Pas si différent d’aujourd’hui, finalement ) Cette culpabilité qui lui colle à la peau. Elle veut être libre, elle veut être féministe, elle veut s’affranchir… mais elle pense encore à son mari, à ce qu'il pense de son départ, ce qu'il fait sans elle, à leur histoire, à ce qu’ils ont été avant que le quotidien ne les avale. Elle pense aussi au qu’en‑dira‑t‑on. A une femme seule dans un hotel, dans un restaurant, dans un car. Elle pense à tout ce qu’on lui a appris à ne pas faire. Et c’est là que le roman devient presque historique : on lit une époque autant qu’on lit une femme. Et pourtant ce qui m’a frappée, c’est que Maryvonne n’est pas une femme qu’on met dans un coin. On l’écoute. On lui demande son avis. On lui fait confiance. Déléguée syndicale, respectée, reconnue : elle existe dans le collectif, elle a une place, une voix. Mais ce n'est pas suffisant pour qu'elle existe pour et par elle-même Et alors… la fin. Son retour. La maison. La surprise. Ce moment où elle comprend que son absence a fait bouger quelque chose ; mais quoi ?
Voir la collection «L'imaginaire»
Autres documents dans la collection «L'imaginaire»
Rechercher sur BRISE-ES (enseignement supérieur)
Avis
Avis des lecteurs
-
La fugue minuscule, qui en dit long
Maryvonne, c’est une femme qui en a plein le dos : l’usine, la maison, le mari, le quotidien qui colle aux chaussures. Un matin, ça lâche. Elle pose un mot sur la table, elle attrape un car, et elle file à Paimpol. Pas loin, pas longtemps. Mais pour elle, c’est énorme : c’est la première fois qu’elle s’accorde une respiration qui n’appartient qu’à elle. Et là, tu sens que le roman a plus de quarante ans. Tu lis les années 80 comme si tu y étais : le boulot qui use, les couples qui se délitent, les femmes qui cherchent une porte de sortie dans un monde qui leur en laisse si peu. (Pas si différent d’aujourd’hui, finalement ) Cette culpabilité qui lui colle à la peau. Elle veut être libre, elle veut être féministe, elle veut s’affranchir… mais elle pense encore à son mari, à ce qu'il pense de son départ, ce qu'il fait sans elle, à leur histoire, à ce qu’ils ont été avant que le quotidien ne les avale. Elle pense aussi au qu’en‑dira‑t‑on. A une femme seule dans un hotel, dans un restaurant, dans un car. Elle pense à tout ce qu’on lui a appris à ne pas faire. Et c’est là que le roman devient presque historique : on lit une époque autant qu’on lit une femme. Et pourtant ce qui m’a frappée, c’est que Maryvonne n’est pas une femme qu’on met dans un coin. On l’écoute. On lui demande son avis. On lui fait confiance. Déléguée syndicale, respectée, reconnue : elle existe dans le collectif, elle a une place, une voix. Mais ce n'est pas suffisant pour qu'elle existe pour et par elle-même Et alors… la fin. Son retour. La maison. La surprise. Ce moment où elle comprend que son absence a fait bouger quelque chose ; mais quoi ?
SABRINAL - Le 24 août 2026 à 20:50