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Les grandes oubliées : Pourquoi l'histoire a effacé les femmes / Titiou Lecoq, Marie Dubois
Livre
Edité par Iconoclaste (l'). Paris - 2025
Le livre phénomène de Titiou Lecoq en bande dessinée De tout temps, les femmes ont agi. Elles ont régné, écrit, milité, créé, combattu, crié parfois. Et pourtant elles sont pour la plupart absentes des manuels d'Histoire. Pourquoi ce grand oubli ? De l'âge des cavernes jusqu'à nos jours, Titiou Lecoq analyse les mécanismes de cette vision biaisée de l'Histoire. S'appuyant sur les découvertes les plus récentes, elle redonne vie à des visages effacés, raconte ces invisibles, si nombreuses, qui ont changé le monde. Pédagogue, mordante, irrésistible, avec elle tout s'éclaire. Les femmes ne seront plus jamais absentes. Ce livre leur redonne voix. " Titiou Lecoq livre un grand récit, passionnant et vrai. A lire absolument. " - ; Michelle Perrot
Avis des bibliothécaires : Il n’est pas utile de résumer cette BD : l’idée, c’est de vous donner envie de la lire. Mais quand je l’ai refermée, qu’est-ce qui m’est resté en tête, sans même avoir à réfléchir ? D'abord que nos évidences sont construites, et souvent construites contre ou sans les femmes. Dès la préhistoire, rien n’est simple : on ne sait pas vraiment qui faisait quoi, les rôles ne sont pas aussi figés qu’on nous l’a raconté, et même les spécialistes se contredisent. J’ai d’ailleurs eu envie d’aller creuser la question en écoutant un excellent épisode de La Terre au carré avec Anne Augereau autour de son livre Une préhistoire des femmes. Cette BD m’a donc poussée à vérifier, à nuancer, à sortir des clichés. Ce qu’elle m’a permis, c'est de ne pas “tomber des nues”, mais de mettre des mots clairs sur des maux que je connaissais déjà. Je savais que les manuels scolaires s’arrangeaient avec l’histoire, que la présence des femmes dépendait du choix éditorial de l’établissement. Ici, j’en ai simplement la confirmation : dans certains manuels, notamment chez Hachette, elles sont quasiment absentes. L’histoire qu’on nous transmet n’est pas neutre : elle est filtrée, triée, orientée, et ce choix continue d’invisibiliser les femmes, et pas seulement elles. Le livre m’a aussi rappelé à quel point certaines “évidences” de genre sont récentes. Le rose pour les filles, le bleu pour les garçons… alors que sous l’Ancien Régime, les “vrais hommes” portaient du rose, de la dentelle, des talons, du maquillage, des collants, et que le bleu était associé à la Vierge Marie. Ça paraît anecdotique, mais ça montre bien que le genre n’a rien de naturel : c’est une construction mouvante, qui change selon les époques. La partie sur la reproduction m’a particulièrement marquée. On nous a longtemps raconté une version très genrée de la fécondation : le spermatozoïde présenté comme un super-héros qui “pénètre” un ovule passif. Or la science actuelle montre que l’ovule joue un rôle actif, qu’il sélectionne, attire, coopère. Même la biologie a été racontée avec un biais masculin ; et je viens seulement de le découvrir. Et puis il y a deux choses qui me font toujours lever les yeux au ciel : le Code Napoléon, que j’ai détesté apprendre en droit tant il enferme les femmes dans un statut de mineures, et la fameuse règle grammaticale du “masculin qui l’emporte sur le féminin”, qui me file de l’urticaire depuis que je suis petite. À cela s’ajoute la disparition progressive de la féminisation du vocabulaire : adieu les bâtisseuses, les maîtresses, les chirurgiennes… (en même temps, les femmes n’avaient plus le droit d’exercer ces métiers). La BD montre bien que ces règles ne tombent pas du ciel : elles ont été pensées, écrites, imposées, et elles ont des conséquences très concrètes sur la manière dont on pense le monde. Les Grandes Oubliées n’est pas un ouvrage neutre : c’est un essai graphique engagé, parfois tranché, mais toujours stimulant. Il met en lumière des figures, des savoirs et des réalités que l’histoire officielle a effacés. Et surtout, il donne envie de vérifier, de nuancer, de comprendre ; bref, de penser l’histoire autrement.
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Quand l’histoire choisit d’oublier la moitié de l’humanité
Il n’est pas utile de résumer cette BD : l’idée, c’est de vous donner envie de la lire. Mais quand je l’ai refermée, qu’est-ce qui m’est resté en tête, sans même avoir à réfléchir ? D'abord que nos évidences sont construites, et souvent construites contre ou sans les femmes. Dès la préhistoire, rien n’est simple : on ne sait pas vraiment qui faisait quoi, les rôles ne sont pas aussi figés qu’on nous l’a raconté, et même les spécialistes se contredisent. J’ai d’ailleurs eu envie d’aller creuser la question en écoutant un excellent épisode de La Terre au carré avec Anne Augereau autour de son livre Une préhistoire des femmes. Cette BD m’a donc poussée à vérifier, à nuancer, à sortir des clichés. Ce qu’elle m’a permis, c'est de ne pas “tomber des nues”, mais de mettre des mots clairs sur des maux que je connaissais déjà. Je savais que les manuels scolaires s’arrangeaient avec l’histoire, que la présence des femmes dépendait du choix éditorial de l’établissement. Ici, j’en ai simplement la confirmation : dans certains manuels, notamment chez Hachette, elles sont quasiment absentes. L’histoire qu’on nous transmet n’est pas neutre : elle est filtrée, triée, orientée, et ce choix continue d’invisibiliser les femmes, et pas seulement elles. Le livre m’a aussi rappelé à quel point certaines “évidences” de genre sont récentes. Le rose pour les filles, le bleu pour les garçons… alors que sous l’Ancien Régime, les “vrais hommes” portaient du rose, de la dentelle, des talons, du maquillage, des collants, et que le bleu était associé à la Vierge Marie. Ça paraît anecdotique, mais ça montre bien que le genre n’a rien de naturel : c’est une construction mouvante, qui change selon les époques. La partie sur la reproduction m’a particulièrement marquée. On nous a longtemps raconté une version très genrée de la fécondation : le spermatozoïde présenté comme un super-héros qui “pénètre” un ovule passif. Or la science actuelle montre que l’ovule joue un rôle actif, qu’il sélectionne, attire, coopère. Même la biologie a été racontée avec un biais masculin ; et je viens seulement de le découvrir. Et puis il y a deux choses qui me font toujours lever les yeux au ciel : le Code Napoléon, que j’ai détesté apprendre en droit tant il enferme les femmes dans un statut de mineures, et la fameuse règle grammaticale du “masculin qui l’emporte sur le féminin”, qui me file de l’urticaire depuis que je suis petite. À cela s’ajoute la disparition progressive de la féminisation du vocabulaire : adieu les bâtisseuses, les maîtresses, les chirurgiennes… (en même temps, les femmes n’avaient plus le droit d’exercer ces métiers). La BD montre bien que ces règles ne tombent pas du ciel : elles ont été pensées, écrites, imposées, et elles ont des conséquences très concrètes sur la manière dont on pense le monde. Les Grandes Oubliées n’est pas un ouvrage neutre : c’est un essai graphique engagé, parfois tranché, mais toujours stimulant. Il met en lumière des figures, des savoirs et des réalités que l’histoire officielle a effacés. Et surtout, il donne envie de vérifier, de nuancer, de comprendre ; bref, de penser l’histoire autrement.
SABRINAL - Le 13 mars 2026 à 07:16