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Sainte Emmerderesse / Audrey Alwett
Livre
Edité par Héloïse d'Ormesson. Paris - 2026
Le jour où Suzanne gagne au Loto, elle prend la fuite et achète un manoir en Normandie. Sur le domaine, elle découvre la tombe de sainte Emmerderesse. Avec trois comparses, elle redonne vie à cette sainte aussi puissante qu'insolente et devient son ombre redoutée. Une révolte débridée s'annonce, car la sainte patronne des emmerdes n'épargne personne. Une aventure libératrice, un premier roman jubilatoire ! " Si l'impuissance fut votre lot et que sur vous l'emportèrent les salauds, ce livre vous vengera. " La narratrice donne le ton. Avec une plume acérée et un style foisonnant, le premier roman d'Audrey Alwett suit quatre personnages qui vont oeuvrer main dans la main pour faire renaître de ses cendres une sainte moqueuse, jeune protégée de Madame de Maintenon. Ce quatuor, en apparence mal assorti, est constitué d'un jeune pompier, d'une aide-soignante dévalorisée, d'une autrice lesbienne germano-algérienne, et d'un vieux médecin juif athée. Leurs aventures hautes en couleur embarquent le lecteur dans un coin de Normandie pétri de racisme et d'homophobie, où le retour de sainte Emmerderesse pourrait faire bouger les lignes. Qui n'a jamais été spolié ? Humilié ? De sa plume savoureuse et piquante, Audrey Alwett signe la revanche des pauvres filles en faisant renaître de ses cendres une sainte malicieuse. Sainte Emmerderesse est l'aventure folle d'un projet qui échappe à ses créateurs. Impertinent et irrésistible, elle nous invite à un vivre-ensemble joyeux et trépidant. Un premier roman corrosif qui se dévore.
Avis des bibliothécaires : Audrey Alwett signe un roman joyeusement foutraque, où il faut accepter d’embarquer sans chercher le réalisme. Les personnages sont volontairement caricaturaux, presque des figures de théâtre : Suzanne la pauvresse, Ludwig le drag, Jean‑machin le docteur, la narratrice-autrice, Daniel D l'auteur, Jonas l'éditeur, la boulangère, et surtout la baronne Lucy de Saint‑Ange, devenue Sainte Emmerderesse, sainte patronne des emmerdements assumés. Le cœur du livre, c’est cette religion bricolée comme un mouvement artistique : messe à la bière et aux cornichons, reliquaire en sabot de biche, homélies tirées d’un ébéniste planqué sous un parquet, confessionnal improvisé… C’est drôle, irrévérencieux, mais jamais gratuit. La bande utilise le sacré pour reprendre du pouvoir dans un monde qui les écrase. Derrière l’humour, le roman tape fort : la censure sous Louis XIV, l’hypocrisie de l’Église, les violences sexuelles étouffées, l’extrême droite ridiculisée à coups de Baby Shark, et surtout la morale qui sert à justifier l’injustifiable. Le passage sur la différence entre morale et éthique est l’un des plus percutants du livre : là, on ne rit plus. Et puis il y a Suzanne, dépossédée par sa famille. On croit d’abord à une exagération comique… jusqu’au parallèle avec Britney Spears. D’un coup, l’absurde devient réel, et ça met en colère. On déteste cette famille parce qu’elle existe, quelque part. La fin je n'en parlerai pas mais je peux dire qu'elle est révélatrice. La religion de Sainte Emmerderesse fonctionne comme un karma burlesque : quand les “pécheurs” abusent, la catastrophe finit toujours par leur retomber dessus. C’est drôle, mais c’est aussi une manière de rendre justice là où les institutions échouent. Pas de happy end, mais une respiration amère qui colle bien à ce roman hybride, entre satire, conte populaire et pamphlet féministe. Un texte drôle, politique, érudit, qui assume ses excès pour mieux viser juste. Si on accepte le pacte, on passe un vrai bon moment.
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Une farce mystique, féministe et politique
Audrey Alwett signe un roman joyeusement foutraque, où il faut accepter d’embarquer sans chercher le réalisme. Les personnages sont volontairement caricaturaux, presque des figures de théâtre : Suzanne la pauvresse, Ludwig le drag, Jean‑machin le docteur, la narratrice-autrice, Daniel D l'auteur, Jonas l'éditeur, la boulangère, et surtout la baronne Lucy de Saint‑Ange, devenue Sainte Emmerderesse, sainte patronne des emmerdements assumés. Le cœur du livre, c’est cette religion bricolée comme un mouvement artistique : messe à la bière et aux cornichons, reliquaire en sabot de biche, homélies tirées d’un ébéniste planqué sous un parquet, confessionnal improvisé… C’est drôle, irrévérencieux, mais jamais gratuit. La bande utilise le sacré pour reprendre du pouvoir dans un monde qui les écrase. Derrière l’humour, le roman tape fort : la censure sous Louis XIV, l’hypocrisie de l’Église, les violences sexuelles étouffées, l’extrême droite ridiculisée à coups de Baby Shark, et surtout la morale qui sert à justifier l’injustifiable. Le passage sur la différence entre morale et éthique est l’un des plus percutants du livre : là, on ne rit plus. Et puis il y a Suzanne, dépossédée par sa famille. On croit d’abord à une exagération comique… jusqu’au parallèle avec Britney Spears. D’un coup, l’absurde devient réel, et ça met en colère. On déteste cette famille parce qu’elle existe, quelque part. La fin je n'en parlerai pas mais je peux dire qu'elle est révélatrice. La religion de Sainte Emmerderesse fonctionne comme un karma burlesque : quand les “pécheurs” abusent, la catastrophe finit toujours par leur retomber dessus. C’est drôle, mais c’est aussi une manière de rendre justice là où les institutions échouent. Pas de happy end, mais une respiration amère qui colle bien à ce roman hybride, entre satire, conte populaire et pamphlet féministe. Un texte drôle, politique, érudit, qui assume ses excès pour mieux viser juste. Si on accepte le pacte, on passe un vrai bon moment.
SABRINAL - Le 20 mai 2026 à 14:20