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Le cercle littéraire des rescapés du Titanic / Timothy Schaffert
Livre
Edité par Nami ; Impr. CPI Bussière - 2025
C'est sa passion pour les livres interdits qui a sauvé la vie de Yorick. Alors qu'il était censé embarquer sur le Titanic en qualité de bibliothécaire, il a été mis à pied peu avant le départ pour avoir glissé dans sa sélection des ouvrages censurés. Rongé par la culpabilité, il a du mal à reprendre sa vie... jusqu'au jour où il reçoit une invitation à rejoindre un club de survivants un peu particulier : tous ont failli prendre la mer en ce jour d'avril 1912, mais sont finalement restés à quai. Hantés par leur chance, ils décident de se réunir au sein d'un cercle littéraire pour apaiser ensemble leurs tourments. Le Portrait de Dorian Grey, Les Liaisons dangereuses... ces livres que Yorick aime tant sont une distraction bienvenue. Mais alors que tous pensent qu'ils ne connaîtront pas de plus grande tragédie, l'ombre de la Première Guerre mondiale plane sur leurs destins... Parsemé de références à la littérature, un roman poétique porté par des personnages touchants et finement construits.
Avis des bibliothécaires : Ce roman n’est pas une énième variation sur le Titanic. Le naufrage n’est qu’un point de départ, presque un prétexte : ce qui intéresse Timothy Schaffert, ce sont ceux qui n’ont pas embarqué, une dizaine de personnages réunis par hasard, par culpabilité, par curiosité, ou simplement parce que leurs vies ont bifurqué au dernier moment. Le cœur du livre, ce sont trois figures : Yorick, bibliothécaire distrait et attachant ; Haze, photographe ; Zinnia, jeune femme vive et déterminée. Entre eux, un triangle amoureux impossible : Yorick aime Haze, Haze aime Zinnia, Zinnia aime Yorick. Chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il est, avec ce que la société autorise ou interdit. Zinnia se mettra en couple avec Haze, faute de pouvoir aimer Yorick librement. Quand la guerre éclate, leurs trajectoires se séparent : Haze part comme photographe de guerre, Zinnia retourne au Japon travailler dans la confiserie familiale, Yorick rejoint l’équipe chargée de censurer le courrier des soldats. Cette partie est particulièrement intéressante : que coupe‑t‑on, pourquoi, comment contourner la censure, qu’est‑ce qui passe malgré tout. Le roman ne théorise pas, mais montre très bien les mécanismes. Au‑delà de l’intrigue, le livre parle surtout de lecture. Yorick glissait clandestinement dans les rayonnages des bateaux de la White star compagny (ainsi que dans la bibliothèque du Titanic) des ouvrages jugés “inacceptables” : Dorian Gray, Madame Bovary, Manon Lescaut, Les Liaisons dangereuses, un Karl May retiré des bibliothèques de Dresde… La White Star ne s’intéressait pas au contenu, seulement aux couvertures et aux accords commerciaux. Ce détail dit beaucoup sur la manière dont on a toujours tenté de contrôler la circulation des textes. Le cercle littéraire, qui réunit des personnages aux parcours très différents et qui n’auraient jamais dû se croiser, devient alors un espace où chacun raconte “le livre qui lui a sauvé la vie”. Les réponses sont intimes, parfois surprenantes, et le roman montre bien comment les livres accompagnent, déplacent, consolent. C’est un roman dense, parfois un peu long dans sa dernière partie, mais riche en matière : censure, guerre, livres interdits, identités empêchées, reconstruction. Un bon moment de lecture quand même.
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Ceux qui ont raté le Titanic et trouvé autre chose
Ce roman n’est pas une énième variation sur le Titanic. Le naufrage n’est qu’un point de départ, presque un prétexte : ce qui intéresse Timothy Schaffert, ce sont ceux qui n’ont pas embarqué, une dizaine de personnages réunis par hasard, par culpabilité, par curiosité, ou simplement parce que leurs vies ont bifurqué au dernier moment. Le cœur du livre, ce sont trois figures : Yorick, bibliothécaire distrait et attachant ; Haze, photographe ; Zinnia, jeune femme vive et déterminée. Entre eux, un triangle amoureux impossible : Yorick aime Haze, Haze aime Zinnia, Zinnia aime Yorick. Chacun fait ce qu’il peut avec ce qu’il est, avec ce que la société autorise ou interdit. Zinnia se mettra en couple avec Haze, faute de pouvoir aimer Yorick librement. Quand la guerre éclate, leurs trajectoires se séparent : Haze part comme photographe de guerre, Zinnia retourne au Japon travailler dans la confiserie familiale, Yorick rejoint l’équipe chargée de censurer le courrier des soldats. Cette partie est particulièrement intéressante : que coupe‑t‑on, pourquoi, comment contourner la censure, qu’est‑ce qui passe malgré tout. Le roman ne théorise pas, mais montre très bien les mécanismes. Au‑delà de l’intrigue, le livre parle surtout de lecture. Yorick glissait clandestinement dans les rayonnages des bateaux de la White star compagny (ainsi que dans la bibliothèque du Titanic) des ouvrages jugés “inacceptables” : Dorian Gray, Madame Bovary, Manon Lescaut, Les Liaisons dangereuses, un Karl May retiré des bibliothèques de Dresde… La White Star ne s’intéressait pas au contenu, seulement aux couvertures et aux accords commerciaux. Ce détail dit beaucoup sur la manière dont on a toujours tenté de contrôler la circulation des textes. Le cercle littéraire, qui réunit des personnages aux parcours très différents et qui n’auraient jamais dû se croiser, devient alors un espace où chacun raconte “le livre qui lui a sauvé la vie”. Les réponses sont intimes, parfois surprenantes, et le roman montre bien comment les livres accompagnent, déplacent, consolent. C’est un roman dense, parfois un peu long dans sa dernière partie, mais riche en matière : censure, guerre, livres interdits, identités empêchées, reconstruction. Un bon moment de lecture quand même.
SABRINAL - Le 21 avril 2026 à 14:39